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le lapin et la peur

Le lapin et la peur

En guise de vœux de bonne année, une petite parabole : 
Le lapin et la peur. (Et une BONNE NOUVELLE en prime !)

Le lapin de garenne se cache dans un terrier, ce qui n’est pas très digne. On le voit parfois la nuit, aveuglé par les phares, au beau milieu de la route. Il panique et fait tout ce qu’il ne faudrait pas faire, il zigzague là devant au lieu de filer dans les vignes. Il croyait que les hommes dorment à cette heure-là. Certains l’évitent, d’autres accélèrent, et récupèrent le cadavre pour le manger avec des olives. Inconscience et panique suicidaire du lapin.

Il faut être prudent, mais pas peureux. Le lapin se cache parce qu’il a peur. Toujours. Il a peur des chasseurs, des rapaces, des renards, du feu, des chiens… Il n’a pas encore compris que la chasse n’est ouverte que six mois par ans, qu’il est trop lourd pour la buse, que les renards sont empoisonnés puis empaillés, les pompiers vigilants, les chiens tenus en laisse et rassasiés. Il pourrait donc se promener tranquillement au mois de juin, profiter des beaux jours, honorer sa réputation de chaud lapin, faire une ribambelle de petits, puis des provisions pour l’hiver et se planquer à l’ouverture de la chasse. Au lieu de ça, il reste un éternel clandestin, toujours en fuite, affamé, humilié, prêt à envier le sort du lapin d’élevage bien nourri, proprement et sans surprise estourbi — le coup du lapin — puis, image de cauchemar, pendu par les pieds et pelé avant de passer à la casserole. 

Le lapin est un bel animal. Il a un pelage soyeux qui appelle la caresse. Il court très vite, il saute haut, il devrait être fier d’être un lapin.

La peur entre sans frapper, insidieusement, par tous les interstices. Elle s’installe et ne veut plus partir, elle devient un mode de vie, on pourrait faire tant de choses si on n’avait pas inutilement peur. On pourrait partir à pied droit devant et franchir des montagnes, on pourrait s’inviter pour l’apéro chez son voisin, chanter dans la rue, gueuler sa joie ou sa colère, on pourrait passer des heures à écrire des trucs inutiles, sur le lapin par exemple, et les montrer à sa voisine, elle aimerait peut-être, qui sait ? 

On est un peu lapins. 

Peut-on vivre dans la peur ? Nous sommes bien mieux pourvus que le lapin en peurs, mais les nôtres se font concurrence. On ne peut pas « en même temps » avoir conscience de tous les périls. Difficile de choisir qui mettre en haut de l’affiche ! 


Alors, voici la bonne nouvelle ! 
La SUPER-PEUR 2020/21
* nous permet enfin d’oublier :


– La menace nucléaire – civil ou militaire. Fukushima, Tchernobyl, Hiroshima, Nagasaki 
– Les colorants chimiques, le glyphosate, les néonicotinoïdes, l’obésité, le diabète, la grippe
– Le réchauffement climatique, les ouragans, les inondations, la sécheresse, la canicule, les incendies, les tremblements de terre
– Le terrorisme, la guerre ici ou là (le plus loin possible), la crise économique
– Les acariens, les frelons asiatiques, les puces, les tiques, les rats
– Le cancer. (vaste choix !  peau, prostate, colon, seins, poumons, estomac…)
– La mort « toutes causes confondues » dont la mort naturelle – 600 000 décès par an en France. 
– Vieillir, perdre la raison, la réforme des retraites, du chômage, les gilets jaunes, les violences policières, les féminicides, l’injustice, la misère, les migrants noyés, etc. etc. (rayer les mentions inutiles et compléter)

Inutile de la (ou le ?) nommer, hein ?